Un communiqué à méditer

Sommet Lomé 825063

Un communiqué est paru le 24 mars 2019, signé par Dany AYIDA, président d’une organisation associative dénommée « Engagement pour un avenir apaisé ».

Le communiqué invite toutes les organisations citoyennes, les acteurs politiques, les organisations religieuses et toutes les personnes de bonne volonté » (sic) à se joindre à l’« Engagement pour un avenir apaisé » pour, annonce-t-il, faire du retour de BOKO François « une étape importante dans le processus de résolution de la crise politique et pour la réconciliation et la cohésion nationale » (sic).

Et le communiqué se termine par un appel à « tous les citoyennes et tous les citoyens épris de paix et de justice à réserver un accueil chaleureux » à François BOKO.

La politique conduite par la C14 depuis sa création précipitée en novembre 2017 a conduit, après ce triste 20 décembre 2018, toute l’opposition dans une situation de confusion aggravée et de chaos politique indescriptible. L’irruption si inattendue de ce communiqué de AYIDA dans ce chaos sans précédent impose à la CDPA-BT de rappeler les quelques faits ci-après :

1- D’abord au sujet de l’auteur du communiqué. AYIDA Dany fut un jeune journaliste qui se faisait encore la main entre 1990 et 2003 chez Forum Hebdo, un journal d’opposition dirigé par notre regretté KLU Alphonse dit Alpha DOUMBIA. Le régime jeta le Directeur de Forum en prison dans les années 80 .Le journal disparut après sa mort.

Après quelques temps passés dans le pays, AYIDA disparut lui aussi. Puis, il se fit entendre dans la diaspora togolaise comme un des membres fondateurs du CISC (Conseil International de la Société Civile).

Suite à l’interdiction par le Gouvernement sénégalais d’une manifestation projetée par la CISC à Dakar en 2003, on n’entendit plus parler de AYIDA. Jusqu’au jour où il vint tenir une conférence à Lomé avec le titre « d’Expert en démocratie » pour le compte de NDI (National Démocratic Institut) dont il est le représentant résident en RDC. Et depuis, il va de-ci, de-là, avec ce titre, intervenir dans des conférences organisées par NDI sur le continent.

Parallèlement, il prend racine au sein de la société civile togolaise, puis, tout récemment, il y crée, lui aussi, son association de la société civile, « Engagement pour un avenir apaisé »; une association qu’il préside tout naturellement. C’est de toute évidence à ce titre « d’Expert en Démocratie » de NDI qu’il lance son appel aux Togolais, leur demandant de réserver « un accueil chaleureux » à François BOKO qui revient dans son pays.

Rappelons que beaucoup de Togolais sont partis en exil depuis l’insurrection populaire d’octobre 1990, que certains sont rentrés entre temps, que d’autres se proposent probablement de le faire eux aussi et qu’enfin d’autres encore continuent de se battre dans la diaspora pour le changement démocratique dans le pays.

Pendant son exil, François BOKO a dû certainement faire quelque chose de très particulier par rapport aux autres membres de la diaspora togolaise pour que AYIDA sente le besoin de demander aux Togolais de prendre son retour pour « une étape importante… » dans la lutte en cours pour le changement politique au Togo, et de lui réserver un accueil chaleureux. Le communiqué de Monsieur AYIDA devrait éclairer la masse des opposants togolais sur ce point.

2- Quant à Akila-Esso François BOKO, ce militaire fut un des officiers de l’armée togolaise. Il fut intégré dans le corps par Eyadema en 1988, deux ans avant le début de l’insurrection populaire d’octobre 1990. Il sera nommé Ministre de l’Intérieur en 2002, année où le régime a réécrit la constitution de 1992 contre la volonté populaire pour, dans les faits, permettre à Eyadema de se maintenir au pouvoir à vie. BOKO restera ministre de l’intérieur jusqu’à la mort de ce dernier en 2005.

Après le coup d’Etat constitutionnel perpétré par les hommes du régime ce mois de février 2005 pour porter Faure Gnassingbé au pouvoir dans la violence, François BOKO n’a pas démissionné. Il restera toujours Ministre de l’intérieur. Il sera même chargé de préparer la tragique mascarade électorale destinée à « normaliser » le maintien de Faure Gnassingbe au pouvoir, contre la volonté populaire.

Des manipulations anticonstitutionnelles inacceptables et des manœuvres souterraines vont faire d’Abbas BONFOH le Président de l’Assemblée nationale, puis le Chef de l’État par intérim. M. BOKO n’a pas démissionné pour dénoncer toutes ces illégalités. Il est toujours Ministre de l’Intérieur dans cette atmosphère chargée d’intimidations et de répression sans merci de l’opposition.

Dans cette crise de succession où une fraction des officiers supérieurs menaçait ouvertement de tirer sur tous ceux qui tenteront de s’opposer au maintien de Faure au pouvoir avant ou après la mascarade électorale, tout ne baignait pas forcément dans l’huile au sommet de l’État. Le choc des ambitions y avait créé un climat de rivalité, de suspicion réciproques set, en fin de compte, d’insécurité générale au sommet de la hiérarchie. Chacun se tenait sur ses gardes. C’est dans ce climat que BOKO va créer la surprise générale en annonçant, pratiquement à la veille du scrutin, que la « poursuite du processus électoral est suicidaire ». Et qu’il faut donc le suspendre.

BOKO démissionne alors ; et il va se réfugier à l’Ambassade d’Allemagne d’où il se fera exfiltrer par l’Ambassade des USA vers la France. Il sera accueilli sans problème par les autorités françaises, et il passera dans ce pays quatorze années, plutôt dans les conditions d’un exilé privilégié.

Arrivé en France, BOKO François a circulé partout dans les milieux de la diaspora togolaise d’Europe pour s’afficher. Mais au regard de la situation politique togolaise, la seule activité politique qu’on lui connaît pendant les quatorze années est le rôle moteur qu’il va jouer aux côtés de Kofi Yamgnane dans la création du FRAC (Front Républicain pour l’Alternance et le Changement) en 2010 avec, comme résultat tangible, l’explosion de l’UFC et la création de l’ANC.

Le FRAC a disparu depuis longtemps de la scène politique togolaise. Ni François BOKO, ni Kofi Yamgnane ne sont membres de l’ANC. Comme cela apparaissait à l’évidence au moment de sa création tumultueuse à quelques mois des présidentielles de 2010, le FRAC avait juste pour but de semer la zizanie dans l’UFC (qui se faisait passer au sein de la masse des opposants pour le principal, si non le seul parti d’opposition dans le pays).

Après donc plusieurs années d’un silence absolu, BOKO annonce publiquement son retour au Togo à ce triste lendemain de la mascarade électorale du 20 décembre 2018. Puis, dans une déclaration pour le moins surprenante, il annonce avoir réservé la primeur de sa décision aux autorités américaines, allemandes, françaises, européennes, pour manifester sa reconnaissance envers ces puissances pour service rendu. Sans compter la fatuité avec laquelle il a révélé les tractations qu’il a montées pour tenter de rentrer dans les bonnes grâces de Faure Gnassingbé.

En rappelant ces quelques faits, il ne s’agit ni de dénigrer, ni de glorifier. Pour la CDPA-BT, le but de ces rappels est seulement d’amener la masse des opposants à bien connaître ceux qui, à chaque moment critique de la lutte d’opposition, montent devant la scène politique comme des messies, et font tout pour amener la population à leur apporter un soutien inconditionnel.

Le régime autocratique en place avait, depuis 1963, institué l’obscurantisme politique comme méthode de gouvernement, pour continuer de confisquer indéfiniment le pouvoir d’État au profit d’une minorité. L’obscurantisme politique a ainsi contribué à développer au sein de la masse des opposants une fâcheuse tendance à apporter un soutien inconditionnel au premier venu. La lutte d’opposition, c’est aussi la lutte contre l’obscurantisme politique.

La lutte pour la fin de la dictature n’a aucune chance d’aboutir tant qu’au sein de la masse des opposants on continuera de voir le messie dans le premier venu.

Fait à Paris, le 30 mars 2019

Pour La CDPA-BT Section de France

René HENDE

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