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POURQUOI LE MFAO ?

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En 1963, avec la complicité et sous l’impulsion de la France, Eyadema et quelques-uns de ses amis renversèrent le 1e Gouvernement togolais et froidement assassiné le Président de la République, Sylvanus Olympio. Ils ont ensuite transféré le pouvoir réel au camp militaire. Depuis, l’Armée, qu’ils contrôlent, s’est mise à faire la loi dans le pays. Le régime politique togolais est devenu ainsi, dans les faits, un régime de dictature militaire fortement régionaliste et ethnique.

Le militaire a désormais tous les droits et le pouvoir de faire dans le pays ce qu’il veut, et faire de la population civile ce qui lui plaît : exactions, abus de pouvoir, brimades de toutes sortes, pillage et dilapidation du bien public… Nicolas Grunitzky, Président de la République et Antoine Méatchi, Vice-président, ne sont que des figurants dans cette nouvelle situation politique contrôlée par une poignée de militaires avides de pouvoir et d’enrichissement rapide.

Le 13 janvier 1967, un peu plus au fait du fonctionnement des institutions, cette poignée de militaire a pris officiellement le pouvoir, avec Eyadema à leur tête. Mais incapables de diriger le pays, ils ont choisi quelques intellectuels pour les aider à gouverner. Le régime politique togolais est devenu ainsi, de droit, un régime de dictature militaire dans lequel ces intellectuels ne sont que les serviteurs de la junte militaire, et au-delà, de l’armée détentrice du pouvoir.

Mais les régimes militaires ne sont pas bien vus par l’opinion publique des pays du Nord. Et depuis les frasques de Bokassa du Centrafrique et de son ami Giscard d’Estaing, alors Président de la République française, ils suscitent une véritable hostilité dans l’opinion en France. En 1969, sous la pression du Gouvernement français et pour les besoins de la politique intérieure de la France, les officiers détenteurs du pouvoir se sont sentis obligés d’accepter de camoufler la dictature militaire sous une organisation politique, pour donner à leur régime une apparence de régime civil.

Ils ont alors confié la tâche à des hommes qui leur faisaient déjà la cour au camp militaire dès avant le second coup d’Etat (1967), et à de jeunes loups qui venaient de rentrer d’Europe, et qui étaient prêts à saisir toutes les occasions possibles, pour réaliser leur ascension politique et sociale. Ce sont, entre autres, Voulé Fritz, Kodjo Edouard, Kofi Amegan, Djoko Amados et d’autres comparses.

Ils vont créer le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) en 1969 et en faire un parti unique, parti-Etat, lequel va se transformer rapidement en une véritable machine d’embrigadement obligeant tous les Togolais à « regarder dans la même direction », celle qui va dans le sens des intérêts des hommes au pouvoir pour le maintien et le renforcement du régime de dictature militaire d’oppression et de répression.

Le régime de dictature militaire a fonctionné pendant 21 ans (1969-1990) sous la couverture du RPT. Au cours de ces deux décennies d’une dictature dure et arrogante, les conditions de vie de la population n’ont pas progressé, pendant que le pouvoir n’arrête pas de justifier l’oppression, la répression et les multiples et graves violations des droits humains par l’impératif du développement. Les conditions de vie ont au contraire régressé sans cesse, surtout à partir de 1982, alors qu’au même moment, le pillage et la dilapidation des ressources du pays par la nouvelle classe militaro-politique se poursuivaient comme une fatalité.

Plus le régime échoue à améliorer le niveau de vie de la population, plus l’oppression brutale et la répression s’accentuaient. Le climat politique et social est fortement marqué par les brimades, les exactions, les intimidations, la corruption à tous les niveaux, les arrestations arbitraires. Parmi celles des arrestations massives, qui ont le plus frappé l’opinion, figurent celles qui ont jeté en prison en septembre 1984 une fournée d’hommes et de femmes, dont le Premier Secrétaire de la CDPA-BT, celui-ci étant incarcéré pour avoir fait, dans le cadre d’un groupe d’opposants clandestins, un projet de statut pour la création d’un parti d’opposition au régime. Détenu arbitrairement pendant plus d’un an avec deux de ses amis, les trois inculpés seront jugés en juillet 1986, condamnés à 5 ans de prison, puis relâchés le 13 janvier 1987.

Ceux qui ont créé la CDPA (et qui vont donc créer la CDPA-BT peu après) avaient la conviction qu’il est indispensable de créer des partis politiques clandestins, dont le rôle devra être de commencer à mobiliser la population pour amorcer la lutte pour la démocratie dans ce contexte de dictature et de parti unique. Les responsables de tous les autres partis qui vont se retrouver à la Conférence nationale en juillet 1991, estimaient alors qu’à partir du moment où Eyadema n’a pas encore donné l’autorisation de créer des partis d’opposition, il est trop dangereux d’en créer dans la clandestinité.

Ils avaient raison. Comme le montrent bien les arrestations de septembre 1984, c’était réellement très dangereux de vouloir créer des partis d’opposition pour commencer à organiser la lutte contre le régime de dictature. Mais il est par ailleurs évident qu’à partir du moment où on ne fait rien, ou qu’on se contente de créer des associations, Eyadema ne démocratisera jamais de lui-même son régime pour permettre une alternance démocratique dans l’exercice du pouvoir d’Etat.

Avant avril 1991, il n’y avait pas de parti d’opposition dans le pays, sauf quatre partis clandestins, le MTD, l’ATD, la CDPA et la CDPA-BT. Le MTD n’existe plus. L’ATD a disparu dès après 1993. Il ne reste plus que la CDPA et la CDPA-BT. Ce sont les responsables de la CDPA-BT qui avaient créé la CDPA en 1988, avant de se sentir obligés de créer la CDPA-BT début 1990. Pourquoi ont-ils senti le besoin d’aller créer un autre cadre pour la lutte contre le régime de dictature est une autre histoire qu’il faudra raconter à une autre occasion.

Devenue intenable la situation politique, économique et sociale a conduit à l’explosion sociale d’octobre 1990. L’insurrection populaire n’est pas venue du seul fait que la population n’en pouvait plus de subir un régime militaire despotique, qui la soumet à l’oppression et l’enfonce chaque jour davantage dans la misère. Elle est surtout le résultat d’un travail politique clandestin intense d’opposition et de mobilisation que beaucoup de Togolais ignorent encore aujourd’hui.

Le cri de ralliement de la population descendue dans la rue en octobre 1990 était alors « 20 ans, ça suffit ». Cela veut dire que le régime de dictature doit s’en aller pour rendre possible une alternance démocratique. Etant entendu que sans cette alternance au pouvoir, il est illusoire de vouloir instaurer des institutions démocratiques susceptibles de transformer le Togo en un pays démocratique pour le développement et la prospérité de la population.

La population ainsi descendue dans la rue obligera Eyadema à proclamer la liberté de la presse et le multipartisme. Des conquêtes encore fragiles, mais des conquêtes importantes. Elles ont été possibles grâce à l’irruption de la population dans la vie politique. Ce ne sont donc pas des chefs de partis d’opposition ou des partis d’opposition qui ont réalisé ces conquêtes pour le peuple et à la place du peuple. C’est le peuple lui-même qui a conquis ces premières libertés démocratiques pour le pays, grâce à son implication active dans la lutte pour la fin du régime de dictature.

Et de fait, depuis 1990, les seules libertés démocratiques conquises par l’opposition sont le multipartisme et la pluralité de la presse. Ces libertés, encore très fragiles, ont été conquises avant le début de la création des partis d’opposition en avril 1991. Et elles l’ont été grâce à la pression populaire à travers l’insurrection déclenchée à partir d’octobre 1990.

Elles n’ont pas été le résultat de l’action des partis politiques qui se sont créés seulement après la proclamation du multipartisme sous la pression de la rue. Les chefs des partis politiques qui vont se créer à partir d’avril 1991 vont donc se contenter de récupérer la lutte populaire pour tenter chacun de réaliser ses ambitions d’ascension politique et sociale. Ce sont ces chefs et leurs partis qui forment depuis lors, le courant dominant de l’opposition.

Depuis la récupération de la lutte populaire par ces partis du courant dominant de l’opposition, le processus de démocratisation n’a fait en réalité aucun progrès décisif. Au contraire, le régime Eyadema s’est maintenu jusqu’à sa mort. Puis il est transféré ensuite à son fils le 5 février 2005 contre la volonté populaire. Le courant dominant de l’opposition a toujours été à la traîne du RPT. Faute de perspectives, certains des chefs des partis de ce courant se sont ensuite ralliés tour à tour au régime, tandis que d’autres ont choisi de l’accompagner d’une façon ou d’une autre, « pour ne pas se faire marginaliser ».

Comme en 1967, le pays continue d’être sous la coupe du régime Eyadema et de son parti le RPT. Tout le monde est d’accord pour conclure aujourd’hui que le remplacement d’Eyadema par son fils Faure ne s’est traduit par aucun changement dans la gestion des affaires publiques et par aucun changement de fond dans la relation du régime avec la population.

L’évolution de la situation politique depuis la récupération de la lutte populaire par les chefs des partis du courant dominant de l’opposition montre clairement que le changement politique pour permettre l’alternance démocratique dans la gestion des affaires publiques, sera toujours impossible tant que l’on continuera de tenir la population à l’écart du processus politique, en ne voyant en elle qu’un électorat à se disputer entre partis d’opposition.

Voilà pourquoi le MFAO est une nécessité incontournable, et qu’il faut réussir à lancer le Mouvement.

Lomé, le 14 Mai 2009.

Par E. GU-KONU

Coordonnateur Provisoire du MFAO