Le Parti démocratique des Travailleurs des villes et des campagnes( PA.DE.T)

 

Déclaration relative à la mascarade « électorale » du 20 décembre 2018

Aux lendemains de la mascarade « électorale » (moins de 20% réels de participation) du 20 décembre 2018, organisée au Togo par le gouvernement et la classe politique au pouvoir, le Parti démocratique des travailleurs (PA.DE.T), soucieux en permanence de relayer « l’expression de la volonté politique des citoyens », tient à faire la Déclaration qui suit.

  1. Il faut tout d’abord rappeler que cette « consultation » a été boycottée par la coalition de 14 partis de l’opposition (C14) et son report instamment demandé, en raison d’un climat sociopolitique troublé, par des organisations politiques, associatives, des personnalités, au plan national, régional et international. Décidé par la C14, le boycott est pleinement justifié : la compréhension universelle de l’une des conclusions des négociations sous l’égide de la Cedeao est conforme à la revendication-phare de l’opposition depuis des années : sans les réformes « institutionnelles, constitutionnelles et électorales », pas d’élection, quelle qu’elle soit, législative, présidentielle ou locale, qui puisse être légitime.

  1. Quelles n’ont donc pas été, à cet égard, l’incompréhension d’abord, face au silence de l’instance communautaire relativement à l’exigence du report, puis, la stupéfaction et l’indignation générales à la nouvelle de ce que la 54ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, tenue le 22 décembre 2018 (deux jours après la mascarade), à Abuja (Nigeria), se félicitait, entre autres, « de la tenue effective (…) des élections législatives libres et transparentes » (Communiqué final paragraphe 36 a) !

  1. Cela confirme ce que ne cesse de marteler le PA.DE.T à savoir que : « Tous ceux qui (individus, associations, partis politiques…) s’imaginent que la « communauté internationale » (Cedeao et consorts compris) est une « société de bienfaisance des peuples » sont dans une erreur politique funeste. L’objet de ladite communauté et son seul souci est la stabilité politique des pays et des peuples, aux fins de maintenir en place l’ « ordre global », celui du système impérialiste (…) en réalité, c’est dans ce cadre que s’inscrivent les « recommandations » de la Cedeao, qui sont conformes aux exigences et intérêts impérialistes non à ceux du Peuple togolais ! » (Déclaration du 10 août 2018)

  1. Ainsi, dans l’ « affaire togolaise », l’ « opération » n’est-elle pas évidente à présent ? L’objectif stratégique du gouvernement et de la classe politique au pouvoir était et demeure l’adoption, par une assemblée-croupion (la clause des 4/5è, pour éviter les incertitudes d’un referendum, est assurée après la mascarade du 20 décembre 2018), du projet de loi permettant à M. Faure Gnassingbé dont le 3ème mandat est en cours, de « briguer », en 2020, deux autres mandats, conformément à la disposition non rétroactive d’une réforme constitutionnelle unilatérale concoctée par le gouvernement et la classe politique au pouvoir…

  1. Au nom de l’impératif inconditionnel de la « stabilité » politique, la Cedeao est venue opportunément, pour la seconde fois (la première, c’était après la sanglante présidentielle de succession, en 2005) prêter main-forte au régime cinquantenaire abhorré, ébranlé par la mobilisation populaire qui, depuis plus d’un an maintenant, réclame, tout aussi inconditionnellement, le retour intégral à la Constitution originelle de 1992 adoptée par plus de 97% des Togolais, et qui stipule en son article 59, qu’en aucun cas, nul ne peut exercer plus de 2 mandats !

  1. Opposer des « arguments » juridiques à cette revendication essentiellement politique, c’est évidemment « faire dans le dilatoire » parce qu’elle est désormais au cœur de toutes les manifestations de contestation dans la vie sociopolitique du pays caractérisée par une désobéissance civile multiforme au sein de la grande majorité de la population ; et la mascarade électorale du 20 décembre, loin de contribuer à résoudre la crise, l’approfondit au contraire : les événements ne tarderont pas à le confirmer.

  1. Cette mascarade est avérée, dans tous ses compartiments : de la campagne sans enjeu, outrageusement « suréquipée » et routinière pour l’UNIR (au pouvoir) ; boycottée et de manière agressive par les populations, pour les petites « formations » satellites « d’opposition » au pouvoir et quelques groupuscules de fortune, affidés pompeusement estampillés « indépendants » ; de la campagne sans enjeu donc, à la proclamation de « résultats » bien souvent ridicules, soit par leur évidente invraisemblance, soit par la virulente contestation, par les « lésés », du nombre de sièges arbitrairement « attribués » !

  1. L’ « incongruité » phare a été le taux de participation surréaliste de 59,95% annoncé par le président d’une commission nationale électorale (CENI) d’ailleurs invalidée par sa non-conformité aux dispositions de la « feuille de route » concoctée par la Cedeao ! Ce taux est « surréaliste » à un double titre : il est supérieur au taux réel officieusement estimé à moins de 17%  et inférieur aux quelque 70% résultant du calcul des taux de participation par circonscription électorale officiellement annoncés !

  1. Attesté par les observateurs (internationaux en particulier), présents sur le terrain, et les images télévisées en direct (« relayées » assez tôt par des images d’archives (sans la mention), le très faible taux de participation d’un corps électoral officiellement chiffré à 3,150 millions environ de Togolais inscrits, constitue une incontestable adhésion au mot d’ordre de boycott de la parodie d’élection lancé par la C14, et une nouvelle manifestation de désaveu populaire, expression du divorce irrémédiable entre les Togolais et des institutions faillies qui prétendent encore s’imposer. Toutes les fois que l’occasion lui en sera donnée, le peuple n’exprimera qu’une exigence : celle de la fin du régime cinquantenaire, signifiée par la revendication du retour à la Constitution de 1992, la « mère » de toutes les réformes institutionnelles..

  1. Convaincu d’avoir le contrôle policier de la situation et feignant la sérénité, négligeant des données nouvelles dans la stratégie de l’opposition, « rigidifié » dans sa logique de fuite en avant, comme il vient encore de le démontrer, le pouvoir ne pourra qu’étendre la restriction des libertés et accentuer la répression, pour tenter d’endiguer une instabilité sociopolitique devenue endémique depuis la vague des manifestations populaires provoquée par la violente répression des Marches du 19 août 2017. C’est pourquoi, le PA.DE.T ne cesse de le répéter : « Refuser le retour à la constitution de 1992, c’est risquer consciemment de conduire la nation au chaos. » Il faut absolument rompre avec ce qui n’est que la logique du pire, libérer les prisonniers politiques, lever le siège des villes concernées, favoriser le retour des réfugiés… et engager résolument les réformes appropriées au sein de toutes les institutions de l’Etat. Il en va de la préservation de la paix civile et de l’instauration de la démocratie au Togo.

A Lomé, le 27 décembre 2018

Le Secrétaire national

Tétévi N. Gbikpi-Benissan

Parti démocratique des travailleurs des villes et des campagnes  (PA.DE.T) Pour la République, le socialisme et la démocratie

(Récépissé n°1110/MATDCL-SG-DLPAP-DAPA)