Afrique

 La CEDEAO & les Crises dans la sous-région

Crise au Togo: rendez-vous raté pour la préparation au dialogue national

Par RFI Publié le 13-12-2017 Modifié le 13-12-2017 à 11:31

Le gouvernement togolais tente de rencontrer des partis politiques et quelques personnalités du pays depuis mardi 12 décembre. Personne ne connaît la date d’ouverture du dialogue; l’opposition ne veut aborder les sujets du dialogue qu’en présence de la médiation, alors que le pouvoir tente de le préparer avec ceux qui lui font confiance.

La presse privée et la presse internationale n’ont pas eu accès à la cour de la Primature du Togo. Les journalistes ont aperçu les véhicules aux vitres teintées à partir des jardins environnants.

A la fin de cette journée de rencontre, l’Union des forces du changement de Gilchrist Olympio et l’Union pour la république au pouvoir sont les seuls partis à avoir répondu à l’invitation du Premier ministre.

Les anciens Premiers ministres : Agbéyomé Kodjo, Arthème Séléagodji Ahumey-Zunu,Joseph Kokou Koffigoh et Edem Kodjo ont également échangé avec Komi Selom Klassou.

Selon un officiel, qui a pris part à ces rencontres, ce furent des échanges riches empruntés d’une ambiance cordiale. Les sujets de discussions ont porté sur le nombre de participants au dialogue, et sur ceux qui peuvent y prendre part. Les forces de défense et de sécurité sont malgré elles impliquées et doivent également être de la partie.

Les consultations devront se poursuivre jeudi 14 décembre, selon cet officiel avec d’autres partis politiques certainement ; pendant que la coalition et ses membres contestent cette initiative et ne répondent pas à l’invitation du Premier ministre.

La coalition des 14 partis reprend les manifestations de rue dès ce mercredi, puis jeudi, et samedi prochain.

Cédéao: la timide déclaration des dirigeants ouest-africains sur la situation au Togo

Par RFI Publié le 17-12-2017 Modifié le 17-12-2017 à 08:24

Lors de son 52e sommet à Abuja, ce samedi, la Cédéao a choisi un nouveau président pour sa Commission. L’actuel ministre des mines ivoirien Jean-Claude Brou va remplacer le Beninois Marcel De Souza. Etaient attendues aussi les prises de positions des dirigeants ouest-africains sur la situation sécuritaire en Guinée-Bissau et sur la crise politique au Togo. Mais alors qu’à Lomé, ils étaient des milliers de nouveau à battre le pavé contre le régime du président Faure Gnassingbé hier, les dirigeants ouest-africains se sont contentés d’une déclaration a minima.

Les dirigeants ouest-africains se sont contentés d’exprimer « leur préoccupation face à la tension politique persistante » dans le pays et d’appeler au dialogue. Il faut « s’engager dans les plus brefs délais à un large dialogue dans un esprit de compromis » peut-on lire dans le communiqué final. Des pourparlers pour se mettre d’accord sur des réformes politiques respectant l’ordre constitutionnel au Togo.

Ainsi, malgré la demande vendredi de la coalition de l’opposition togolaise, à l’origine de la contestation populaire dans le pays, que les pays de la Cédéao fassent tout pour que le régime togolais « intériorise et accepte enfin l’alternance », les dirigeants ouest-africains se sont limités à une position très diplomatique.

Vers un présidence plus volontaire ?

Mais la fermeté sera peut-être pour plus tard. En effet, le sommet d’Abuja a aussi été l’occasion pour la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest de trouver un nouveau président pour sa Commission. Et c’est l’actuel ministre de l’Industrie et des mines ivoirien, Jean-Claude Brou, qui a été désigné pour succéder au Béninois Marcel De Souza.

Pour Pape Ibrahima Kane, spécialiste des organisations régionales au sein de la fondation Open Society Initiative for West Africa (Osiwa), ce changement est une bonne nouvelle. Elle entrouvre la possibilité, justement, d’une politique plus ferme vis-à-vis du Togo pour trouver une issue à la crise politique qui déchire ce pays.

« Une des particularités de la Cédéao, c’est sa capacité à gérer les crises dans la région, explique le chercheur. Or, il se trouve qu’il y a une crise qui perdure et pour laquelle la Cédéao n’arrive pas vraiment à trouver le bon créneau pour la gérer. C’est la crise togolaise. Le président de la Commission de la Cédéao a pour ainsi dire un intérêt puisque son épouse est la sœur de l’actuel président de Togo. Donc sa capacité à pouvoir gérer cette situation paraît difficile car on ne peut pas être juge et partie. »

La Cédéao « déçue » sur la question bissau-guinéenne

Le ton des chefs d’Etat était plus ferme par contre sur le dossier de la Guinée-Bissau, avec la menace de sanctions collectives ou individuelles si aucune solution à la crise politique que traverse le pays n’est trouvée dans les deux mois. La Cédéao s’est dite « déçue de l’absence de progrès dans le processus de paix » dans le pays.

Depuis la destitution en août 2015 par le président José Mario Vaz de son Premier ministre, Domingos Simoes Pereira, le pays est en proie à une grave crise politique. Incapable de trouver un Premier ministre de consensus et de former un gouvernement d’union nationale.

 ■ [Reportage] L’opposition togolaise maintient la pression

Alors que la Cédéao tenait son sommet, une fois de plus, ce samedi, des milliers de Togolais ont répondu à l’appel de l’opposition, et ont traversé le centre-ville de Lomé jusqu’à la plage.

Comme sous un arbre à palabre, la fin de la marche de ce samedi a été l’occasion pour les manifestants d’interpeller leurs leaders. Jean-Pierre Fabre en a profité pour répondre à Faure Gnassingbé qui déclare à Jeune Afrique à paraître cette semaine : « Nous avons, au sein de l’opposition, des partis représentés à l’Assemblée et des partis extraparlementaires. Ils devront décider s’ils y viennent séparément ou en coalition. Nous avons aussi des partis qui n’ont ni manifesté ni revendiqué et qui agissent dans le cadre des institutions. Ceux-là aussi ont le droit de participer. »

« Oui, moi je voudrais poser une question et faire une proposition, a déclaré Jean-Pierre Fabre. On nous parle de dialogue. Nous marchons jusqu’à présent mais nous ne voyons pas s’ouvrir le dialogue et je voudrais savoir : tous ceux qui se bousculent – je ne voudrais nommer aucun parti – pour prendre part au dialogue mais que nous ne voyons pas dans les rues manifester à nos côtés, qu’est-ce que vous pensez de ces partis ? »

Nathaniel Olympio, regardant la foule présente, a estimé que c’était une preuve que la population croit à une victoire très proche et que donc elle était prête à faire des sacrifices pendant ces périodes de fête pour obtenir la démocratie, l‘Etat de droit et l’alternance.

Quel avenir pour la GAMBIE ?

Yahya Jammeh avait fini par prendre le chemin de l’exil. La joie des foules gambiennes dans les rues de Banjul et ailleurs dans le pays est tout à fait compréhensible. Les régimes dictatoriaux africains ont fait et continuent de faire beaucoup de torts aux sociétés africaines et, par delà, au continent considéré comme un tout. Qu’ils soient militaires ou civils, ils ont retardé de plus d’un demi-siècle, depuis les indépendances africaines au moins, la marche en avant de ces sociétés, ainsi que celle de leurs Etats respectifs.

Partout où ils ont sévi, ces régimes ont, entre autres, entretenu leurs populations respectives dans un obscurantisme politique dont on mesure bien aujourd’hui la gravité des conséquences sur les élites politiques africaines. Et ils ont créé des structures mentales durables, qui vont probablement bloquer encore pendant longtemps la possibilité des révolutions sociales qui ont permis à d’autres peuples du monde de faire des progrès fulgurants dans tous les domaines, comme on s’en étonne souvent pour certains d’entre eux.

On comprend donc les foules en liesse en Gambie et la joie de toutes les autres sociétés africaines de voir Yahya Jammeh déboulonné par l’intervention musclée de la CEDEAO. Ce qui s’est passé en Gambie invite cependant à revenir sur quelques idées qui semblent aller de soi quand il s’agit de l’Afrique, et sur des problèmes de développement humain qui passent pour être définitivement résolus sur le continent. Un rappel est nécessaire pour bien planter le décor.

La rebuffade d’une dictature

Entouré de quelques officiers, Yahya Jammeh avait renversé Dawda Jawara en 1994 par les armes et pris le pouvoir en Gambie, comme d’autres officiers l’ont fait (ou tenté de le faire) avant lui dans d’autres Etats de la sous-région ouest-africaine. Vingt-deux ans d’un régime despotique de nature militaire. Au cours de ces deux décennies, le maître absolu de Banjul a bien sûr organisé des élections. Qu’il a naturellement « gagné » à tous les coups.

Yahya Jammeh a fini par reconnaitre la victoire de l’opposition gambienne à travers l’élection d’Adama Barrow lors du scrutin de 2016. Puis il s’est rebiffé, comme s’il venait seulement de découvrir que quand on perd une élection, on cède le pouvoir à celui qui l’a gagnée. Il s’est estimé victime d’irrégularités au niveau de l’institution chargée d’organiser les urnes alors que, comme tout le monde le sait, depuis le temps où les élections sont imposées sur le continent comme l’unique voie d’entrée des sociétés africaines dans la transition démocratique, ce sont bien les régimes de dictature en place qui organisent la fraude et toutes les formes possibles de tripatouillages des résultats des élections, dans le but de continuer la confiscation du pouvoir d’Etat contre la volonté populaire. Et ce sont eux qui déchaînent si souvent la violence d’Etat pour imposer leur « victoire ».

Les pressions diplomatiques, pas seulement celles de la CEDEAO, ne suffirent pas pour amener Yahya Jammeh à la raison. Il fallut que l’organisation sous-régionale montre les muscles pour qu’il accepte de quitter le pouvoir et de prendre le chemin de l’exil. On comprend la joie des gambiens de voir l’oppresseur s’en aller enfin. Il n’en reste pas moins qu’enfin de compte, Jammeh avait quitté Banjul bien plus en triomphateur qu’en dictateur déchu. Les négociations menées par Alpha Condé de Guinée et Mohammed Ould Abdel Aziz de la Mauritanie ne laissent encore rien filtrer au-delà de la rumeur.

Faut-il aller chercher Jammeh à Malabo pour le faire traduire en justice à Banjul, ou l’amener devant le TPI pour les crimes commis au cours de plus de deux décennies de régime de dictature et d’une gestion désastreuse de l’économie et de la société gambiennes ? Certains l’ont pensé. Ils n’ont peut-être pas tort. Le Rapport des Nations-Unies sur le développement humain (2013) établit que 60% de la population gambienne vit dans « la pauvreté multiforme », et que le tiers de ces 60% survit avec 1,25 dollars par jour. Rien ne laisse supposer que ces 60% des Gambiens aient bénéficié d’une amélioration significative de leurs conditions de vie avant la fin du régime. Aussi, y a-t-il quelque chose d’inacceptable, d’un point de vue éthique, à voir le dictateur aller vivre tranquillement le reste de ses jours sur une fortune amassée pendant son long règne aux dépens de la population du pays.

Les élections comme voie d’entrée dans la transition démocratique

Ce qui s’est passé en Gambie ramène sur le tapis un premier problème de fond. Pour prévenir les émeutes qui ont accompagné les revendications populaires de la démocratie sur le continent, on avait décrété les élections comme voie « normale » d’entrée des sociétés africaines dans la transition démocratique, et la norme de la démocratie en Afrique. C’est à partir des années 1990.

Cela signifie que la conquête des libertés démocratiques et du droit au respect de la dignité humaine dans un régime de dictature doit procéder par la voie électorale, pendant que « l’homme fort », détenteur absolu du pouvoir d’Etat, dispose de tous les moyens d’organiser les élections pour les « gagner » à tous les coups, et de la plus totale liberté de déclencher au besoin la violence d’Etat pour contenir la contestation populaire des résultats du scrutin. On en est ainsi arrivé à faire des élections, non plus un moyen d’expression des aspirations politiques du citoyen, mais une machine à légitimer le régime impopulaire qui les organise pour se maintenir en place.

Une frange de l’élite politique a trouvé son compte dans cette directive ; et elle se l’est appropriée. Elle a vite intériorisé le principe selon lequel « on ne boycotte pas les élections » ; et elle en a fait un dogme dans la confrontation des partis d’opposition et des régimes autocratiques au cours du processus de démocratisation sur le continent. Elle appelle ainsi les populations à aller massivement aux urnes, en sachant bien qu’elles sont pipées d’avance.

Il est remarquable que cette frange soit plus particulièrement représentée dans l’ancien espace colonial français d’Afrique. En tout état de cause, ce qui vient de se passer en Gambie remet une fois de plus en question l’idée d’un changement démocratique par la voie des urnes dans un régime de dictature en Afrique.

Entouré d’un quarteron d’officiers, Yahya Jammeh avait renversé Dawda Jawara en 1994 par les armes, et s’était emparé du pouvoir, comme tant d’autres officiers de son genre l’ont si souvent fait (ou tenté de le faire) avant lui dans d’autres Etats de la sous-région ouest-africaine et ailleurs sur le continent. Plus de deux décennies d’un régime despotique militaire. Au cours de ces vingt-deux ans, il a fait quatre élections présidentielles (1996, 2001, 2006, 2011). Qu’il a naturellement « gagnées » à chaque fois.

Par hasard ou par inadvertance, il a reconnu avoir perdu la cinquième, celles de 2016. Puis il a changé d’avis. Il a fallu l’intervention de la CEDEAO pour qu’il se résolve à céder la place. Par la force des choses donc, et non par respect des principes d’une élection démocratique.

Au regard de la transition démocratique et de la nécessité d’instituer de véritables régimes politiques démocratiques, à quoi les élections ont-elles réellement servi en Afrique de l’Ouest par exemple, depuis que les populations y ont porté la revendication démocratique dans la rue à partir des années 1990 ? En réalité, elles ont servi plus à maintenir les dictatures en place qu’à conduire à l’alternance au pouvoir. Peut-être est-il trop facile de mettre une telle situation sur le compte de l’inorganisation des partis d’opposition à ces régimes, comme on l’a si souvent fait depuis le début des revendications populaires de la transition démocratique sur le continent.

3- Attendre que « ça se passe »

Eriger les élections en voie unique d’entrée dans la transition démocratique en Afrique pose un deuxième problème fondamental. Et sous deux angles.

Adama Barrow a gagné les élections. Les Gambiens ont voté pour lui. Un opposant historique comme on dit ? Probablement. Mais pour avoir vaincu Yahya Jammeh, Adama Barrow a dû prendre le chemin de l’exil pour s’assurer sa sécurité, abandonnant derrière lui une population terrorisée, apeurée, résignée.

Paradoxe : celui qui a perdu le vote n’est pas celui qui s’est enfuit du pays après la proclamation des résultats. C’est celui qui l’a gagné. Et c’est à l’étranger que l’élu va prêter serment, loin de ses électeurs qui ont, eux aussi, de solides raisons d’avoir peur pour leur sécurité, compte tenu de la nature du régime.

Adama Barrow ne retournera en Gambie qu’après l’intervention musclée de la CEDEAO pour en chasser le dictateur, sécuriser le pays pour lui, et le palais présidentiel qu’il va occuper. Qu’il ait recommencé la cérémonie d’investiture une fois sur place ne change rien au paradoxe. Que se serait-il passé en Gambie si l’institution sous-régionale n’avait pas forcé le dictateur à s’en aller au profit de l’élu ?

Mais à partir du moment où les élections sont posées comme l’unique voie d’entrée dans la transition démocratique sur le continent, et que tout se passe alors comme s’il suffisait de les gagner pour prendre le pouvoir comme dans un régime démocratique, Adama Barrow peut-il faire quelque chose de plus que de se consacrer à la préparation des élections : se donner un électorat prêt à voter pour lui sans condition, ou s’associer à d’autres partis pour former un regroupement de circonstance et prendre, si possible, des dispositions pour quitter le pays et/ou en appeler à la « Communauté internationale », si la période postélectorale risquait de se compliquer au point de mettre sa vie en danger ?

Faire des élections l’unique voie d’entrée dans la transition démocratique sous un régime de dictature pose ainsi le problème de la nature et du rôle des partis d’opposition dans la lutte des populations contre les régimes de dictature sur le continent. Dans ces types de régime, le parti d’opposition doit-il fonctionner sur le modèle des partis politiques des pays où la vie politique fonctionne plus ou moins bien sur la base d’un minimum de règles et de valeurs démocratiques ? Que la dépréciation des partis politiques dans nombre de pays du Nord conduise malheureusement à faire passer la « société civile » et ses réseaux sociaux pour les acteurs majeurs de la lutte pour la démocratie en Afrique n’enlève rien à la pertinence de la question. L’expérience a définitivement montré que les « Y’en a marre » et autres balais ne sont jamais arrivés à substituer aux régimes dictatoriaux africains des régimes politiques alternatifs capables de réaliser les changements structurels fondamentaux qu’exige le progrès des conditions d’existence sur le continent.

Par ailleurs, la population gambienne a incontestablement souffert de la nature du régime de Yahya Jammeh. Un régime d’oppression et de terreur comme ceux de tous les « hommes forts » du continent qui confisquent le pouvoir d’Etat et entendent le conserver à tout prix. A travers son vote, la population a exprimé son désaveu du régime et son aspiration à une alternative politique. En situation normale, ce qu’on pouvait attendre d’elle est de s’indigner, de se révolter, de manifester son refus de l’inacceptable par des actes. Qu’entre autres, commencer à engager des formes de mobilisation pour faire pression sur le pouvoir autocratique, avec son nouvel élu en tête.

Mais ce n’est pas ce qui s’est visiblement passé en Gambie. La population semble n’avoir pas bougé dans ce sens. Au contraire, on a parlé de sauve-qui-peut. Pas seulement pour les Sénégalais et les Mauritaniens résidant dans le pays. Des Gambiens qui le pouvaient ont pris de leur côté le chemin de l’étranger, comme on l’a toujours vu dans les crises postélectorales survenues sur le continent, en Afrique de l’ouest notamment. Comment la population pouvait-elle agir autrement, si elle est entretenue dans l’idée suivant laquelle la seule manière de se battre pour l’instauration de la démocratie à la place d’un régime de dictature en Afrique est d’aller mettre un bulletin de vote dans une urne et d’attendre que « ça se passe » ?

Comme pour les partis d’opposition, les élections comme voie d’entrée unique dans la transition démocratique sous un régime de dictature en Afrique posent ainsi la question du rôle de la population dans le processus de démocratisation sur le continent. Le cas gambien montre bien que ce rôle ne peut se réduire au fait d’aller juste mettre un bulletin de vote dans une urne, et d’attendre que « ça se passe ». Mais une population entretenue dans l’obscurantisme politique pendant des décennies peut-elle spontanément s’indigner, se révolter, engager des actions qui ne soient pas des émeutes sans lendemain ? La question renvoie encore au rôle des partis politiques dans le processus de démocratisation en Afrique.

Les ambiguïtés de la pression de la CEDEAO

Ce n’est pas la première fois que la Gambie fait l’objet d’une intervention extérieure destinée à mettre de l’ordre dans le cours de la vie politique du pays. Abdou Diouf y avait déjà envoyé l’armée sénégalaise sauver le pouvoir lors de la tentative de coup d’État fomenté contre Dawda Jawara en 1981. Et il en avait profité pour pratiquement imposer à ce dernier un contrat de confédération quasi léonin, la Confédération de Sénégambie.GAMBIE Nouvelle image

En effet, une Gambie enfoncée de cette manière dans le Sénégal pose à Dakar des problèmes qui ne peuvent trouver de solutions réelles et durables que dans une unification de l’espace sénégambien sous un statut déterminé. L’éternelle question de la Casamance, par exemple, fait partie de ces problèmes auxquels se sont confrontés tous les chefs d’Etat qui se sont succédés au Sénégal depuis Léopold Sédar Sengor jusqu’à Maky Sall.

Ce problème fut de tout temps une source de tensions entre les deux Etats. On sait qu’il avait pris des proportions quasi explosives depuis la prise du pouvoir par Yayha Jammeh en 1994. Faut-il voir dans cette situation la détermination de Dakar à investir le territoire gambien sous le couvert de la CEDEAO ? La proximité géographique des deux Etats ne semble pas tout expliquer dans le rôle majeur joué par le Sénégal dans la pression de la CEDEAO sur Yahya Jammey.

Mais il faut aller au-delà. En elle-même, la décision de la CEDEAO de forcer Yahya Jammeh à laisser le pouvoir à Adama Barrow, au besoin par la force, a de quoi surprendre. A partir des années 1977 déjà, l’organisation commune s’est donnée, entre autres objectifs, celui de la prévention des conflits et de la sauvegarde de la paix dans l’espace communautaire. Et elle s’est progressivement dotée de moyens politico-militaires de nature à la mettre en mesure de réaliser ces objectifs : l’ANAD (l’Accord-cadre de non-agression et d’Assistance en matière de Défense) dès juin 1977 ; le PAMD (Protocole d’Assistance Mutuelle en matière de Défense en 1986 ; l’ECOMOG comme force d’interposition sous-régionale en 1990 ; le protocole du 21 décembre 2001…

Ce dernier en particulier établit que « la CEDEAO peut apporter aide et assistance à l’organisation et au déroulement des élections… [et qu’elle] peut prononcer des sanctions à l’encontre d’un Etat en cas de rupture de la démocratie ou de violation massive des droits de l’homme dans cet Etat ».

Prenant appui sur ces dispositifs, l’organisation est intervenue dans des conflits sous-régionaux, notamment la guerre civile au Liberia (1990-1999), en Sierra Leone (1997-1999), en Guinée Bissau (1998-1999)… Mais c’est la première fois qu’elle intervient militairement dans un processus électoral conflictuel avec la volonté d’imposer l’alternance au pouvoir. Et pourtant, les occasions d’une intervention n’ont pas manqué dans la sous-région depuis au moins 1993.

Le cas du Togo en 2005 est exemplaire de ce point de vue. A la mort d’Eyadema (février 2005), les chefs militaires imposèrent son fils comme son successeur à la tête de l’Etat. Ce fut une violation flagrante de la constitution. La brutalité de l’intervention de l’armée fut perçue par l’opposition comme un coup d’Etat constitutionnel et une provocation. Sous des pressions extérieures convergentes, ces chefs militaires et le parti au pouvoir acceptèrent finalement d’organiser des élections ; mais en fait, ce fut juste pour entériner leur choix et conférer à leur candidat un semblant de légitimité. Ils avaient clairement prévenu : ils déclencheraient la violence d’Etat contre la population, si celle-ci venait à mettre en cause la « victoire » de leur candidat. Et ils ont tenu parole en semant la terreur dans le pays au lendemain des urnes pour dissuader toute contestation. Avec le bilan que l’on connaît.

Sans doute la CEDEAO était-elle intervenue dans cette situation conflictuelle togolaise. Une délégation de haut niveau s’était rendue à Lomé le 28 février 2005 sous la conduite de Mamadou Tandja fraîchement réélu Président de la République du Niger (décembre 2004), puis élu Président de la CEDEAO par le 28ème sommet de l’organisation sous-régionale (Janvier 2005). Mais au-delà du discours, l’intervention de l’organisation sous-régionale alla en réalité dans le sens des bidouillages constitutionnels et institutionnels entrepris par les chefs de l’armée togolaise et le parti au pouvoir pour maintenir le régime d’Eyadema en place, et consacrer Faure Gnassingbe comme chef de l’Etat.

L intervention de la CEDEAO pour chasser Yahya Jammeh du pouvoir au profit d’Adama Barrow va-t-elle faire jurisprudence dans la sous-région pour les élections à venir ? Nombreux sont ceux qui le croient ; et en particulier les partis d’opposition qui sont dans une situation identique à celle de l’opposition gambienne depuis des années. Mais la capacité de l’organisation à le faire en toute légitimité, en toute transparence et en toute circonstance suppose qu’elle se donne une orientation politique et des structures de nature à lui permettre de jouer le rôle d’une véritable institution supranationale d’intégration sous-régionale ouest-africaine. Va-t-elle pouvoir se mettre en mesure de le faire ?

La Gambie, un Etat viable ?

La Gambie est l’un des Etats les plus minuscules d’Afrique. Une aiguille plantée dans la chair vive du Sénégal sur une profondeur d’environ 320 Km. Un seul intérêt à cette époque du grand commerce transatlantique : le fleuve constituait une des excellentes voies de pénétration à l’intérieur du continent pour servir la traite négrière. A son embouchure, le Fort de l’Ile James. Dès le milieu du 17ème siècle, il jouait déjà un rôle important dans le commerce triangulaire. Il fut l’un des lieux privilégiés de stockage des esclaves en attente d’exportation. Il eut, pour cette fonction, la renommée du Fort de l’Ile de Loos en Guinée ou celui de Cape-Coast au Ghana. L’actuel territoire de la Gambie deviendra une possession britannique à partir de 1873. Le partage sera entériné dix ans plus tard par la Conférence de Berlin (1884-1885). Et le territoire deviendra un Etat en 1965. Une des monstruosités géopolitiques que l’on retrouve ailleurs sur le continent.

Au total, une petite superficie (10600 km2) ; une population de moins de deux millions d’habitants (1,850 millions en 2013) ; une petite agriculture de subsistance associée à la pêche pour la survie quotidienne ; une petite exportation d’arachide ; une économie souterraine fondée sur des trafics illicites de tout genre ; un tourisme précaire dans un environnement économique incapable d’en faire un véritable support pour le développement du pays et la prospérité de la population.

De toute évidence, l’Etat gambien est une institution fragile à tous les points de vue. Ses attributs sont en contradiction fondamentale avec une indépendance nationale, un fonctionnement normal d’institutions démocratiques, une stabilité politique comme source de prospérité de l’Etat et de bien-être de la population. A tous les égards, l’Etat gambien n’est pas un Etat viable.

On comprend que par son existence même, il soit une source de problèmes pour la Gambie elle-même, mais surtout pour l’Etat du Sénégal et pour l’Afrique toute entière. A titre d’exemple, pendant plus d’un demi siècle d’existence en tant qu’Etat indépendant, la Gambie n’a pas pu construire un seul pont sur le fleuve qui isole les deux bandes étroites du territoire gambien l’une de l’autre. Et vis-à-vis du Sénégal, l’existence de la Gambie en tant qu’Etat souverain constitue un problème pour la continuité et la cohésion de l’espace étatique sénégalais.

Le Sénégal avait cru pouvoir résoudre ce problème territorial et ses multiples conséquences par la création de cette Confédération de Sénégambie. Mais conçue dans la logique de la « balkanisation » du continent par le système colonial, la Confédération fut bien plus une source de problèmes supplémentaires qu’une solution. Dans cette logique en effet, elle ne pouvait donner à la classe politique gambienne qu’un sentiment de vassalisation de la « petite Gambie » par le « grand Sénégal ». Encombrée d’incompréhensions, de rapports étatiques conflictuels, de lourdeurs bureaucratiques de toutes sortes, la Confédération ne dura pas dix ans. Elle fut gelée d’autorité par Dakar en août 1989, puis dissoute par Abdou Diouf le mois suivant.

On avait alors invoqué des « divergences d’intérêts ». Elles sont forcément inévitables dans ce contexte géopolitique sous-régional anachronique consacré par la Conférence de Berlin, la loi-cadre de Gaston Defferre (1956) le principe de l’intangibilité des frontières coloniales en Afrique (1964). Comment expliquer dans ces conditions l’ardeur du Sénégal à investir le territoire gambien sous couvert de la CEDEAO ?

Quel devenir pour la Gambie?

La question mérite d’être posée à plus d’un titre. Les modalités d’accession d’Adama Barrow au pouvoir soulèvent en effet des interrogations. En réalité, c’est grâce à l’intervention musclée de la CEDEAO que le nouvel élu a pu devenir le chef de l’Etat gambien. Ce n’est pas par la voie des urnes, même si les Gambiens ont voté pour lui contre Yayha Jammeh. La nécessité de l’intervention montre que le principe de l’alternance au pouvoir par la voie unique des urnes dans les régimes autocratiques en œuvre sur le continent est plus que discutable. L’intervention fait ressortir une fois de plus qu’il ne suffit pas que l’opposition gagne les élections pour accéder au pouvoir et l’exercer dans ces types de régime politique. Il faut en plus que le rapport des forces ne soit plus en faveur du régime dictatorial. Si la situation a pu changer en Gambie au profit des Gambiens, c’est parce que la CEDEAO a modifié le rapport des forces en faveur de l’opposition gambienne.

Mais l’intervention montre également la fragilité du pouvoir de Barrow et le risque permanent d’émergence d’un autre Yahya Jammey comme en 1994. Sauf si le Sénégal ou la CEDEAO consentent à continuer de jouer les gendarmes du nouveau régime contre toute tentative de déstabilisation. Mais à quel prix ?

Si « le pouvoir procède du peuple », quelle est alors la source de celui d’Adama Barrow à Banjul ? De toute évidence, Barrow ne tient pas son pouvoir du peuple gambien si l’on peut parler ainsi, mais bien d’une institution extérieure à la Gambie, même si l’Etat gambien en est membre. La remarque mérite d’être soulignée, puisque la CEDEAO n’a pas la légitimité d’une institution supranationale. Barrow va-t-il arriver à mettre le peuple gambien en mesure de s’approprier le pouvoir d’Etat, afin d’être capable de le défendre s’il venait à être menacé ? Ou va-t-il continuer, tout au long de son mandat, de compter sur une force extérieure pour gouverner le territoire ? Dans l’affirmative, où est la souveraineté de la Gambie en tant qu’Etat ? Et en tant qu’Etat indépendant ?

La Gambie a célébré le 52ème anniversaire de son indépendance dans la foulée des réjouissances populaires qui ont accompagné le retour d’Adama Barrow à Banjul. Pour marquer l’événement, le nouveau Président a dû prêter serment une seconde fois dans la liesse populaire de ce retour. Et sans surprise, le chef de l’Etat sénégalais fut la vedette des célébrations. Celles-ci rappellent bien l’époque de la restauration du pouvoir de Dawda Jawara par Abdou Diouf en 1981.

Au cours de ces festivités, les deux présidents ont signé des accords de coopération, comme en 1981. L’une des dispositions marquantes de ces accords est le « modèle de partenariat » créant « Un conseil présidentiel [qui] se réunira tous les 6 mois et […] permettra de définir les axes de travail dans chaque ministère ». On a dit que l’histoire ne se répète pas. Macky Sall va-t-il pouvoir gagner là où Abdou Diouf a échoué par la force des choses ? Et pour combien de temps ? La Gambie n’a pas beaucoup de ressources pour exister en tant qu’Etat véritablement souverain. Va-t-elle pouvoir, par exemple, se priver des revenus d’exportation que lui assure l’exploitation illicite du bois de vène dans les forêts de la Casamance au détriment de l’Etat sénégalais, et au mépris de la sauvegarde de la biodiversité ?

« Small is beautifull » ? Le dicton avait fait florès dans la décennie 70-80, où le discours tiers-mondiste alors à son apogée, nourrissait beaucoup d’illusions au sujet du développement des nouveaux Etats d’Afrique. Ces illusions ont la vie dure. Elles n’arrêtent pas de se reproduire à travers les âges. Dans l’euphorie du retour d’Adama Barrow à Banjul dans le fourgon de la CEDEAO, un homme d’affaire gambien a repris le dicton à son compte, en proclamant que malgré sa petite taille, la Gambie deviendra bientôt un pays émergent avec le nouveau Président.

Dans la mesure où l’Etat du rapport des forces met les Gambiens dans l’impossibilité de mettre fin au régime dictatorial de Yahya Jammeh, l’intervention de la CEDEAO ou de toute autre force extérieure se justifie pleinement.

Ceci étant, un Etat a pour vocation de protéger son peuple et de lui assurer les conditions de sa reproduction et de son bien–être. Et c’est la capacité d’assumer cette fonction de façon durable qui en fait un Etat viable. Il se trouve que le poids démographique et l’étendu du territoire national comptent beaucoup parmi les conditions de base qui permettent à un Etat d’assumer cette responsabilité historique avec bonheur.

Mais avec ses deux millions d’habitants et ses 10600 km2, l’Etat gambien ne dispose d’aucun de ces deux atouts. La plus belle fille du monde ne peut offrir que ce qu’elle a. L’histoire de la genèse de l’espace étatique gambien fait de la Gambie un Etat non viable, avec tous les problèmes qui en découlent en termes d’instabilité politique et d’incapacité à procéder au développement du pays. Faut-il continuer de préférer à tout prix être la tête d’une petite souris, plutôt que la queue d’un éléphant ?

Ce qui s’est passé en Gambie fait ressortir une fois de plus la nécessité d’une remise en cause de l’organisation géopolitique héritée du partage colonial du continent. Des populations confinées dans d’aussi petits morceaux de territoires ne peuvent arriver à faire des progrès significatifs dans leurs conditions d’existence, qu’en cohabitant dans un espace (ou dans des espaces) unifié(s) sous la forme d’un Etat unitaire ou d’un Etat fédéral.

C’est en ce sens que la reconstruction de la structure géopolitique actuelle du continent est un défi. Il est bien entendu de la responsabilité de l’Union africaine. Mais cette institution va-t-elle pouvoir s’élever un jour à la hauteur de ce défi, pour le relever ?

.Lomé, Mai 2017
Pour la CDPA-BT
Son Premier Secrétaire

Prof. E. GU-KONU

Politique

 

 

 

Biens mal acquis profitent toujours, enquête sur un pillage d`etats

Comment la France tue, et pille l'Afrique ?

L'Afrique sans les africains, attention danger!!!

Pr Emmanuel Gu Konu:

(Source LynxinfoTogo)


 

L’hommage du quotidien français Médiapart à Gbagbo

Entre son arrestation sous les bombes françaises le 11 avril 2011 et son transfert à la Cour pénale internationale à La Haye, durant ses huit mois de détention à Khorogo, il n’y avait guère que de simples citoyens ivoiriens, camerounais et autres Africains à le défendre sans relâche. Dès le 16 avril 2011, ils manifestaient à Paris, place de la Bastille, pour lui crier leur solidarité.
Quant aux rares personnalités politiques ayant pris sa défense avant sa chute, elles s’étaient alors murées dans le silence pour ne pas déplaire à la France, qui fêtait en une grande pompe l’avènement de son préfet nègre réintégrant la Côte d’Ivoire dans le giron françafricain d’où Laurent Gbagbo avait péniblement tenté de l’en extraire. La Côte d’Ivoire était revenue à son point de départ.
Les visages de la résistance à l’injustice
Il a donc fallu la ténacité de ces groupuscules d’Ivoiriens et d’Africains mus par une même volonté, unis dans un même combat, arpentant les rues des villes européennes et faisant des émules aux Etats-Unis et au Canada, pour que le séjour de Laurent Gbagbo à La Haye ne se déroule pas dans le silence et l’indifférence des nations du monde entier.
Il a fallu aussi le talent et l’habileté des journaliste d’investigation (1) comme Théophile Kouamouo, Charles Onana ou Grégory Protche, pour peindre la profonde injustice dont était victime le prisonnier de la CPI ; il a fallu le talent et l’habileté d’une petite mais ardente armée de blogueurs pour que les crimes passés et actuels du nouveau pouvoir ivoirien circulent à travers le monde entier et deviennent même des éléments de référence dans la défense de l’illustre prisonnier.
Dans leur dur et long combat, ces défenseurs de Laurent Gbagbo et du respect de la constitution ivoirienne seront réconfortés par deux excellents films-documentaires. Le premier, Laurent Gbagbo dans le tourbillon du Golfe de Guinée, diffusé en mars 2011, un mois avant sa chute, démontrait de manière éclatante la rapacité de la France sur les immenses richesses encore inexploitées du pays, et sa volonté de contrecarrer le plan d’indépendance économique prôné par le président ivoirien.
Le deuxième est venu d’Italie, curieuse de savoir ce qui s’était passé dans l’ouest ivoirien. A travers les témoignages locaux, ce film nous permet de découvrir comment s’est opérée la complicité de la France dans les massacres de Duékoué et de ses environs, et l’on comprend pourquoi les journalistes français refusent de voir la vérité sur cet épisode de la guerre postélectorale. Galvanisés par la flagrante injustice, convaincus de la nécessité de porter la vérité jusqu’à ce que la lumière la rende visible à tous, les Ivoiriens, les panafricanistes et leurs rares amis européens n’ont pas baissé les bras et n’ont eu de cesse de multiplier les manifestations en France, en Italie et devant la Cour pénale internationale à La Haye.
On peut affirmer que jamais, dans l’histoire, un leader noir n’a bénéficié d’autant de soutiens de la diaspora africaine et d’autant de sympathie de la part des populations d’Afrique noire. Patrice Lumumba, Kwamé Nkrumah, Sékou Touré, sont morts dans le silence, même si de nombreux Africains les portaient dans leur coeur.
Durant ses 27 années de prison, jamais Nelson Mandela n’a bénéficié d’une telle sympathie populaire. Il faut dire que les temps ont changé : grâce à Internet, l’information circule plus rapidement, les mensonges sont plus vite signalés et démontrés. Ce que l’on tente de cacher se retrouve rapidement porté sur la place publique parce que tous les citoyens, partout dans le monde, sont devenus des informateurs. Plus personne n’a le monopole de l’information. Voilà pourquoi le grossier coup d’état contre Laurent Gbagbo, présenté par la France et l’ONU comme une entreprise de salut public, a fait de lui, en moins de deux ans, le héros africain de la résistance à l’impérialisme européen.
L’accélération de la dénonciation de l’injustice faite à Laurent Gbagbo
On peut même dire que la forte offensive de la résistance au nouveau pouvoir et au mur du mensonge qui cachait la vérité sur le drame ivoirien a surpris les commanditaires et acteurs européens du coup d’état du 11 avril 2011. La popularité de Laurent Gbagbo, fortement ancrée dans le paysage politique de ce début du XXIe siècle, a forcé de nombreuses personnalités politiques à considérer de plus près la manière dont le pouvoir lui a été arraché et les conséquences de ce forfait.
Dans l’introduction du livre de Charles Onana (Côte d’Ivoire, le coup d’Etat), publié en novembre 2011, M. Tabo Mbeki, l’ancien président sud-africain – l’un des premiers médiateurs entre les deux parties du conflit ivoirien – a clairement démontré la ferme intention de la France de se débarrasser de Laurent Gbagbo et le soutien précieux dont elle a bénéficié de l’ONU. En septembre 2012, lors du congrès de l’Internationale Socialiste, en Afrique du Sud, le Ghanéen Kofi Awoonor avait à son tour fustigé la passivité des socialistes français devant le sort réservé à Laurent Gbagbo.
En décembre 2012, enfin, un socialiste –François Loncle – révèle l’activisme corrupteur de madame Alassane Ouattara auprès des hommes politiques français ; dans la même période, Georges Peillon, ancien porte-parole de la force Licorne (l’armée française impliquée dans le conflit ivoirien) reconnaissait le parti pris du pouvoir et des médias français dans la vie politique de la Côte d’Ivoire depuis 2002.
Si les aveux et les critiques étaient devenus de plus en plus nombreux et fragilisaient le pouvoir ivoirien tout en mettant à mal le soutien que lui apportait la France, ce pouvoir demeurait solide aux yeux de l’Europe grâce au mutisme des médias et du gouvernement socialiste qui avait revêtu les habits impérialistes laissés par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. C’est finalement à partir de février 2013 que le procès devant confirmer ou infirmer les charges du procureur de la CPI contre Laurent Gbagbo va donner un nouveau souffle à la Résistance ivoirienne et africaine et commencer à ébranler le pouvoir en place et les certitudes des commanditaires onusiens et français.
Ce procès se révéla, en effet, une belle occasion de démontrer que les accusateurs de Laurent Gbagbo manquaient d’arguments pour le faire condamner. Quand on mène pendant dix ans une rébellion contre un pouvoir légal en tuant femmes et enfants, quand avec l’aide de forces étrangères on mène une charge finale sanglante pour s’emparer du pouvoir, cela apparaît en effet ignoble d’accuser celui qui a été défait d’avoir résisté.
Oui, c’est ignoble d’accuser le vaincu de vous avoir obligé, par sa résistance, à tuer femmes et enfants dans votre conquête du pouvoir. Toutes les images de l’attaque d’Abidjan ne révélant que des crimes commis par les assaillants et leurs soutiens, le procureur a dû se tourner vers des documents étrangers pour illustrer son argumentation, la fragilisant par la même occasion. Comment peut-on, dans ces conditions, condamner un homme ou même le garder en prison ?
Dès lors, avant même que les juges de la Cour pénale internationale ne déclarent insuffisantes les preuves présentées par le procureur demandant la condamnation de Laurent Gbagbo, il était difficile aux instruments de la propagande étrangère de cacher la vérité.
Les ONG entrèrent donc dans la danse, au début du mois d’avril 2013, et dénoncèrent « la justice des vainqueurs » tout en soulignant les crimes ethniques, les exécutions sommaires, les chasses à l’homme et les emprisonnements arbitraires des partisans de Laurent Gbagbo – œuvres du pouvoir actuel, de son armée et de ses milices.
Indiscutablement, l’impunité des hommes du nouveau régime blesse la conscience humaine ! Condamner Laurent Gbagbo pour avoir résisté à l’assaut de l’ennemi et voir les vrais bourreaux du peuple ivoirien se pavaner effrontément, alors que les médias africains et les blogueurs étalent quotidiennement les images de leurs crimes, apparaît comme une blessante injustice !
A la suite des ONG, comme si la parole était enfin libérée, ce sont les hommes politiques africains, jusque-là muets, qui vont donner de la voix. Au sommet de l’UA, à la fin de mai 2013, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, président de cette organisation, a qualifié la CPI d’instrument raciste au service des occidentaux : « Lors de la création de la CPI, l’objectif était d’éviter toutes sortes d’impunités ; mais, désormais, le processus a dégénéré en une sorte de chasse raciale ». Effectivement, la trentaine d’hommes politiques africains poursuivis par cette institution ne laisse pas penser autre chose.
Le 15 juin, au Gabon, lors d’un débat consacré à « l’indépendance » en Afrique, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a vivement contesté les dires du procureure Bensouda en accusant les Européens d’utiliser la CPI pour manipuler la politique des nations africaines : “C’est malheureux, qu’un grand nombre de conclusions ait été réduit à la manipulation politique […] Il n’est pas honnête de dire que la CPI ne s’acharne pas contre l’Afrique. Je ne suis pas d’accord avec ma soeur Bensouda”. Puis la ministre a demandé à celle-ci de ne pas dire “que les Africains viennent la voir [la CPI] pour être jugés. C’est faux, car l’Afrique ne veut pas de colonialisme judiciaire”.
La position des hommes politiques africains sur la Cour pénale internationale est donc plus que claire : elle n’est pas impartiale ; elle n’est pas crédible ; elle est raciste. Et, à partir du 3 juin 2013, après l’ajournement du procès et le renvoi de la procureure à la recherche de preuves plus convaincantes, les Européens aussi se laissent gagner par le doute quant à l’impartialité de cette institution. Les journaux français qui, jusque-là, n’ont fait aucun cas ni des nombreuses marches de soutien à Laurent Gbagbo à Paris ou à La Haye, ni des pluies de critiques contre l’injustice du pouvoir actuel concernant l’analyse des crimes commis avant et après les élections, se sont tout à coup mis à faire le procès de la CPI.
Pour la première fois depuis 2002, le journal La Croix ne fait ni l’apologie de l’élu de la France ni la critique de l’ennemi juré des journalistes français. Marianne de son côté juge le procès de la CPI fait par les africanistes tout à fait justifié. C’est à croire que pour tout le monde le mensonge qui fait de Laurent Gbagbo le seul responsable des morts avant et après les élections présidentielles de 2010 ne peut plus être défendu.
La preuve que le vent a tourné et dévoile peu à peu la vérité, c’est que même les muets parlent en France ! Qui a déjà entendu Koffi Yamgnane réagir aux injonctions méprisantes et injustes adressées à Laurent Gbagbo avant et après les dernières élections présidentielles en Côte d’Ivoire ? Qui l’a entendu parler de Laurent Gbagbo ou lui témoigner la moindre sympathie depuis qu’il a été arrêté dans le palais présidentiel par l’armée française ? Incapable de la moindre indépendance de parole, voilà qu’il profite de l’indignation de Bernard Houdin (conseiller de Laurent Gbagbo) pour dire tout simplement que lui aussi pense que « trop, c’est trop », que l’injustice contre Laurent Gbagbo ne peut plus continuer.
Mais attendons de voir s’il ira plus loin que la simple indignation partagée. De son côté, la présidente du Mouvement des Africains-Français, qui s’est toujours opposée aux marches de soutien à Laurent Gbagbo et n’y a jamais participé, entreprend enfin une action précise dans la lutte contre l’impartialité de la CPI : elle lance une pétition pour le retrait des nations africaines de cette institution. L’intention est bonne, mais elle ignore que le combat politique se mène dans la persévérance et non pas périodiquement.
Dans tous les cas, Laurent Gbagbo ne laisse plus personne indifférent puisque ce qui était censé être son procès s’est transformé en procès de l’institution chargée de le juger. Quel retournement de situation ! N’est-ce pas déjà la victoire de la vérité sur le mensonge ? En clair, la CPI se discréditerait complètement aux yeux du monde en maintenant sa volonté de juger Laurent Gbagbo. Elle se trouve dans l’obligation de le libérer et prendre le temps de revoir son fonctionnement par rapport à l’analyse des crimes et des supposés criminels qu’elle doit juger.
Les nouvelles preuves du procureur contre Laurent Gbagbo sont d’avance jugées par l’opinion publique internationale comme irrecevables ; et un éventuel procès serait considéré comme une injustice. Arrêter des partisans de l’actuel président de la Côte d’Ivoire et les traduire devant la CPI afin de justifier la poursuite du procès serait désormais inacceptable. Cette dernière entreprise serait perçue par tous comme l’aveu de l’injustice dont est victime Laurent Gbagbo depuis deux ans, voire depuis dix ans.
Quel long combat ! Mais quel combat magnifique et enthousiasmant quand, comme par miracle, tout le monde le trouve juste ! Après Nelson Mandela, toutes les nations reconnaîtraient-elles l’injustice faite à Laurent Gbagbo ? Quelle belle victoire en perspective ! Ses partisans, les panafricanistes, les journalistes activistes soucieux de la vérité, les infatigables blogueurs, les amis Français – en particulier Guy Labertit, Michel Galy, Bernard Houdin et Albert Bourgi – et ses admirateurs anonymes qui vivaient dans la peur, sont aujourd’hui fiers de leur combat et heureux de voir ça et là des appels à sa libération pure et simple.
Un homme qui, par son seul amour de la vérité, un homme qui a juré d’aller jusqu’au bout et parvient par sa ténacité à renverser l’opinion publique et la machine judiciaire internationale qui s’acharnait à le perdre, ne mérite que l’admiration et les éloges. L’ancien Premier ministre du Togo (1991-1994), Joseph Kokou Koffigoh, et l’artiste béninois Yokula (reggaeman) l’ont bien compris. Ils ne sont pas restés insensibles à cet amour de la vérité attaché au coeur du prisonnier de La Haye. L’un vient de lui consacrer un très beau poème demandant sa libération « des mains de l’infamie » et l’autre une chanson qui clame son amour pour la légalité constitutionnelle.
Laurent Gbagbo est entré dans l’Histoire parce qu’il a donné sa vie pour la vérité, pour le respect de la constitution de son pays ; il est entré dans l’Histoire parce que l’Afrique a reconnu dans son combat le sien. En s’accrochant à la vérité et au droit, Laurent Gbagbo a accepté de subir l’infamie de l’emprisonnement dans le goulag des puissances occidentales. Comme tous ceux qui ont consacré leur vie aux grands idéaux humains pour que leurs semblables grandissent sous un jour nouveau, l’heure de sa rédemption viendra. Quant à toi, lecteur, n’oublie pas qu’un jour tu devras répondre à cette question : qu’as-tu fait pour soutenir le combat de l’homme que l’on admire aujourd’hui ?

Mediapart

 

 


 

Le Burkina lance un mandat d’arrêt international contre Compaoré dans l’affaire Sankara

(Source LynxinfoTogo)

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Les résultats de l’autopsie relèvent qu’il a été « criblé de balles »
La justice burkinabè a émis un mandat d’arrêt international contre l’ancien président Blaise Compaoré, réfugié en Côte d’Ivoire depuis sa chute, en octobre 2014, dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara… La suite sur Jeune-Afrique
Les résultats du test ADN de Thomas Sankara « seront communiqués mercredi » (justice militaire)
Le directeur de la justice militaire burkinabè, Sita Sangaré, a annoncé lundi à la presse que les résultats des tests ADN de l’ex-président Thomas Sankara, tué dans un coup d’Etat en 1987, seront officiellement dévoilés « mercredi » à Ouagadougou.
Les résultats ADN du capitaine Thomas Sankara « seront certainement communiqués mercredi à la presse », a déclaré le colonel Sangaré évoquant « une exigence légale » qui stipule que soient d’abord informées les différentes « parties » impliquées dans le dossier.
« Le juge va s’entretenir (lundi) avec les parties sur les résultats du test ADN et le parquet va communiquer mercredi », a-t-il précisé.
Le 7 décembre, le général Gilbert Diendéré qui a pris la tête du coup d’Etat avorté la mi-septembre, a été mise en examen, pour son implication présumé dans l’assassinat du « père de la Révolution » burkinabè (1984-1987) et de 12 de ses compagnons.
En plus du général Diendéré écroué depuis l’échec du putsch à la Maison d’arrêt et de correction de l’armée (Maca), au moins sept autres soldats de l’ex-garde prétorienne du président déchu Blaise Compaoré (1987-2014), ont été inculpés dans le cadre de l’enquête sur la mort du capitaine Sankara.
Thomas Sankara qui a dirigé le Burkina Faso de 1984 à 1987 a été tué dans un coup d’Etat qui a laissé Blaise Compaoré, alors numéro deux de la Révolution, seul au pouvoir.
Après l’éviction du pouvoir de Blaise Compaoré fin octobre 2014 par de violentes manifestations, le gouvernement de la transition arrivé aux affaires a relancé en mars le dossier sur lequel la justice burkinabè s’était déclarée incompétente.
En mai, les tombes présumées de Thomas Sankara et celles de ses compagnons ont été mises sous scellés en vue de procéder à l’exhumation des corps. Les résultats de l’autopsie relèvent qu’il a été « criblé de balles ». Il aurait eu 66 ans mercredi.
Hassimi Zouré


AFP 21-12-2015 – 09:10
Côte d’Ivoire: un village historique victime de la montée des eaux

voir les photos ©Photo:AFP/Archives/ISSOUF SANOGO

“Aidez-nous !”, s’écrie Albert Atcho, ramenant son filet vide sur les rivages de la lagune de Grand-Lahou, en Côte d’Ivoire. Coincés entre la mer et la lagune, 20.000 pêcheurs et habitants subissent au quotidien comme lui, désemparés, les conséquences du réchauffement climatique.
La ville de Grand-Lahou, située sur une bande de terre au milieu de l’eau à une centaine de kilomètres d’Abidjan, a déjà quelques “réfugiés climatiques”: des habitants de la ville ont vu leurs maisons “mangées” par la montée des eaux et l’érosion.
Selon les experts, la montée des eaux met en péril la vie de 20.000 habitants de cette région de pêcheurs du littoral ivoirien, riche en ressources naturelles et dotée d’un énorme potentiel agricole et halieutique.
“Nous demandons au monde entier d’aider Grand-Lahou (…) Les enfants ne vont plus à l’école à cause de la montée des eaux”, raconte Albert Atcho, face à la mer.
Le vieux “Lahou” était un ancien comptoir où des missionnaires blancs débarquèrent en 1920 pour évangéliser l’ouest ivoirien. Les dizaines de vieilles maisons coloniales héritées de cette époque ont longtemps constitué des attractions touristiques. Mais aujourd’hui, il ne reste que des pans du mur de l’ancien hôpital sur lequel viennent s’écraser des vagues.
“Le dernier vestige colonial de Lahou va disparaître dans quelques mois et son histoire avec, car la mer avance dangereusement”, assure Parfait Dago, un habitant, pointant du doigt l’ancien hôpital, ou ce qu’il en reste.
– ‘L’école sous les eaux’ –
La mer avance inexorablement, en ravageant tout sur son passage. Trois kilomètres de côte de la vieille ville ont ainsi disparu sous les eaux ces 20 dernières années.
“Je suis écœuré (…) L’école primaire que j’ai fréquentée est sous les eaux… J’ai mal, c’est toute mon enfance qui été emportée”, se lamente Alain Dégny, montrant les décombres de sa ville natale. Cet ingénieur de 45 ans décrit avec amertume un terrain de football sablonneux, les rues, le grand phare lumineux qui faisait la fierté du village…
Le village doit aussi faire face à la raréfaction du poisson.
“Avant, il y avait assez de poissons, alors que maintenant c’est dur pour nous (…) Si on ne nous aide pas, on risque de disparaître”, dit M. Atcho.
“Les activités principales des habitants sont menacées. La jeunesse n’a plus d’emplois, les femmes n’ont plus d’activité… Nous sommes dans la paupérisation”, déplore le maire de Grand-Lahou, Jean Djaya.
Selon les chiffres du ministère ivoirien de l’Environnement, “50% de la population ivoirienne vit en zone côtière et plus de 40% des Ivoiriens tirent leurs moyens de subsistance de cet espace”.
Grand-Lahou abrite le parc national d’Azagny et des forêts de mangroves uniques sur le littoral ivoirien. Le désensablement de l’embouchure du fleuve qui se jette dans la mer permettrait de limiter l’érosion à Grand-Lahou, estime-t-on sur place.
“Sinon, il faudra se résoudre à déplacer les 20.000 personnes qui y vivent sur une bande de terre de 30 kilomètres vers l’intérieur, un défi titanesque”, explique le jeune maire. “Il y a urgence, nous lançons un appel aux partenaires afin d’apporter un appui à Grand-Lahou”, lance-t-il.
“Sauver Lahou, c’est relancer l’économie locale en créant des conditions pour la sécurité alimentaire”, ajoute-t-il, en soulignant que sauver la cité, qui a été l’une des capitales de la traite négrière, c’est aussi garder intact l’histoire du pays. Voire de l’Afrique.